Quel cabaret parisien a donné naissance au French Cancan ?

Quel cabaret parisien a donné naissance au French Cancan ?

Le Moulin Rouge est le cabaret où le French Cancan est devenu un spectacle, depuis son ouverture le 6 octobre 1889 au pied de la butte Montmartre. Attention pourtant au raccourci : il n’a pas inventé la danse. Le cancan agitait déjà les bals populaires parisiens près de soixante ans plus tôt. Ce qui naît en 1889, c’est une version codifiée et mise en scène, avec ses vedettes et un public venu du monde entier. Voici qui a fait quoi, de la guinguette étudiante à la scène de la place Blanche.

💃 L’essentiel à retenir

Moulin Rouge = scène du French Cancan, pas inventeur du cancan
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Une ouverture datée

Le cabaret ouvre ses portes le 6 octobre 1889, place Blanche.

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Une danse bien plus ancienne

Le cancan naît vers 1830 dans les bals populaires.

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Deux figures phares

La Goulue et Valentin le Désossé incarnent l’âge d’or.

Critère Cancan French Cancan
Naissance Vers 1830 6 octobre 1889
Lieu Bals populaires (Grande-Chaumière, Bal Mabille) Moulin Rouge, boulevard de Clichy
Interprètes Étudiants, puis reines de bal comme Pomaré et Mogador La Goulue, Valentin le Désossé, Jane Avril
Forme Danse improvisée et tapageuse Spectacle de scène codifié

Qui a fondé le Moulin Rouge et comment y est né le spectacle du French Cancan ?

Façade du Moulin Rouge et son moulin rouge illuminé

Deux hommes signent l’ouverture : Joseph Oller et Charles Zidler. Leur adresse, place Blanche, sur le boulevard de Clichy, est coiffée d’un moulin aux ailes rouges qui donne son nom à la maison.

Oller n’arrive pas en novice. Trois ans plus tôt, il a ouvert le Nouveau Cirque, rue Saint-Honoré, dont la piste pouvait se transformer en bassin et où les clowns Foottit et Chocolat faisaient salle comble. Cette double culture, cirque et cabaret, explique le parti pris du Moulin Rouge : du mouvement, de l’effet, de la démesure.

Zidler, lui, dirige la scène. Sous sa houlette, le cancan quitte la piste de bal pour un plateau où l’on répète, où l’on règle les entrées et où l’on vend un programme. Les hommes deviennent des partenaires de second plan, les femmes prennent la vedette pour de bon.

C’est là qu’il faut distinguer deux choses. Le cancan reste une danse populaire, libre et souvent improvisée. Le French Cancan est son prolongement professionnel : une chorégraphie réglée, un spectacle exporté, une image de Paris vendue aux touristes.

Le Moulin Rouge a-t-il vraiment inventé le cancan ?

Non. Le Moulin Rouge a spectacularisé, codifié et internationalisé une danse née vers 1830, soit environ cinquante-neuf ans avant son ouverture. Les sources divergent un peu sur la date exacte, d’où ce repère approximatif.

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Du chahut au cancan : l’origine de la danse et du mot

Tout part du quadrille, danse de salon des années 1820 où les couples évoluent face à face. Certains danseurs désobéissent aux figures et glissent des solos provocateurs. On appelle cela le chahut, au sens de tumulte, puis le cancan, mot attesté vers 1829. Les deux termes ont longtemps désigné la même chose.

Le mot viendrait d’un terme enfantin pour « canard », en référence au dandinement des danseurs. Il n’a aucun rapport avec les cancans, ces potins de voisinage. Une variante place la naissance du cancan à Montparnasse, en 1825.

Chicard, la Grande-Chaumière et le Bal Mabille

Dans les années 1830, ce sont surtout des groupes d’hommes, étudiants en tête, qui dansent le cancan. La Grande-Chaumière, bal-jardin très populaire, et le Bal Mabille, ouvert en 1831, se disputent l’honneur de l’avoir vu naître.

Le créateur présumé s’appelle Chicard, de son vrai nom Alexandre Lévêque. Marchand de cuir le jour, il devenait la nuit une figure du Carnaval de Paris, casque à plumes et costume grotesque. Son nom a donné le verbe « chicarder ». Le cancan descend donc en partie du clown de carnaval.

Le cancan a-t-il été interdit en 1831 ?

On lit souvent qu’une loi de 1831 aurait interdit la danse. Aucune source sérieuse ne le confirme. Ce qui est établi, c’est la surveillance étroite des bals par la police et les arrestations de danseurs pour indécence. Le cancan était donc subversif dès ses débuts, sans avoir été frappé d’un texte précis.

Quelles danseuses et quels danseurs ont rendu le French Cancan célèbre ?

Au Moulin Rouge, les artistes ont des surnoms que le public connaît par cœur, et plusieurs sont passés à la postérité grâce à Toulouse-Lautrec.

La Goulue, reine du Moulin Rouge

La Goulue, de son vrai nom Louise Weber, est la danseuse la plus célèbre de la maison. On lui attribue le fameux « coup de cul », figure où elle tourne le dos au public et relève ses jupons.

En 1895, elle quitte le cabaret pour les foires. Toulouse-Lautrec, son ami, peint pour sa baraque de la Foire du Trône deux grands panneaux, aujourd’hui conservés au musée d’Orsay. Elle devient ensuite dompteuse de lions et se produit en cirque jusqu’en 1907, année où un lion la blesse. La reine du cancan finit sa carrière dans une cage.

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Valentin le Désossé et l’affiche de Toulouse-Lautrec

Valentin le Désossé, de son vrai nom Jules Renaudin, est le partenaire emblématique de La Goulue. Fils d’avocat et marchand de vin, il avait déjà 46 ans à l’ouverture du cabaret. Sa souplesse de contorsionniste lui valait son surnom, « le Sans Os ».

Toulouse-Lautrec l’immortalise sur l’affiche de 1891 : une silhouette sombre au premier plan, face à La Goulue en plein mouvement.

Jane Avril, Nini Patte en l’Air et les autres étoiles

La troupe compte d’autres noms qui disent l’esprit de l’époque : Jane Avril, Grille d’Égout, Nini Patte en l’Air, Demi-Siphon, La Vorace. Ces surnoms provocateurs faisaient partie du personnage et de l’attrait du spectacle, autant que les jambes levées.

Comment le cancan est-il devenu un symbole d’émancipation féminine ?

Ce qu’on tolérait chez les hommes devenait scandaleux chez les femmes, et c’est précisément ce double standard qui a fait du cancan un geste de défi. Nadège Maruta, ancienne soliste du Moulin Rouge pendant sept ans et autrice d’un livre sur l’histoire du cancan, situe entre 1858 et 1865 le moment où la danse devient un vrai spectacle. Elle regrette que son vocabulaire d’origine ait été « amputé de son contenu libertaire ».

Pomaré, Mogador, Rigolboche : les femmes prennent la vedette

Dans les années 1840, les femmes s’emparent de la danse au Bal Mabille. La reine Pomaré y triomphe en mai 1844. En septembre de la même année, Céleste Mogador est couronnée reine du bal par le maître de danse Brididi. Vers 1860, Rigolboche, « danseuse excentrique », fait courir tout Paris au théâtre des Délassements-Comiques. En levant la jambe et en montrant leurs jupons, ces femmes défient les normes de leur temps.

Le Quadrille des Clodoches, ancêtre du cancan burlesque

Les hommes ne disparaissent pas pour autant. Dans les années 1860, le Quadrille des Clodoches fait rire les bals de l’Opéra : quatre danseurs, dont deux en robe, parodient le quadrille avec une énergie sauvage, parfois en Écossais en kilt ou en pompiers. Leur succès les mène à Londres en 1870, et le musée Carnavalet conserve encore leurs portraits. C’est l’ancêtre du cancan burlesque, une danse qui se moque d’elle-même.

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Pourquoi dit-on « French » Cancan et d’où vient le Galop infernal ?

Le mot « French » n’a pas été choisi à Paris. Il aurait été ajouté en Angleterre pour vendre aux Londoniens une danse parisienne à la réputation osée. La tradition en attribue l’idée à l’imprésario de music-hall Charles Morton, mais aucune source de l’époque ne le confirme tout à fait. Les Français, eux, parlaient simplement de cancan.

La musique que tout le monde associe au French Cancan vient d’Orphée aux Enfers, l’opérette de Jacques Offenbach créée en 1858. Le « Galop infernal » n’a pas été écrit pour la danse. Le rapprochement se fait vers 1868, puis ne se défait plus : aujourd’hui, les premières notes suffisent à faire lever les jambes dans l’imagination de n’importe quel spectateur.

Que reste-t-il du French Cancan au Moulin Rouge aujourd’hui ?

En 1955, Jean Renoir fixe la légende dans son film French Cancan. Jean Gabin y joue Danglard, un directeur de cabaret directement inspiré de Charles Zidler. Le film ancre le cancan comme image universelle de Paris.

Le Moulin Rouge a fêté ses 130 ans par un spectacle gratuit de French Cancan devant sa façade, avec le boulevard fermé à la circulation. Si l’on cherche le plus grand cabaret de Paris par la notoriété et par les chiffres, il tient la première place, même s’il n’est pas le seul des music-halls parisiens encore en activité. Voici ce qu’il propose aujourd’hui :

  • 60 danseuses sur scène
  • Deux représentations chaque soir de l’année
  • 240 000 bouteilles de champagne par an, ce qui en fait le premier consommateur privé au monde
  • La plus grande brigade de cuisine de France

Pour pousser la porte, rendez-vous au 82 boulevard de Clichy. Réservez une place ou un dîner-spectacle à l’avance, et revoyez le film de Renoir avant d’y aller : le Galop infernal prendra une autre saveur.

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Cynthia Demarbre

J'ai toujours préféré les détours aux autoroutes. Un village dont personne ne parle, une légende locale, une fête de village un peu désuète : c'est là que la France me touche le plus. Sur Raconte-moi la France, je partage mes trouvailles, mes escapades et ces petites histoires de patrimoine qu'on ne lit pas dans les dépliants. J'écris pour les curieux qui aiment comprendre un lieu autant que le visiter. Mon truc, c'est de dénicher l'insolite et de vous donner envie de boucler un sac pour aller voir par vous-même.

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