Les meubles de Catherine la Grande entre mythe et réalité

meubles de catherine la grande

Les meubles de Catherine la Grande sont au cœur d’une question que beaucoup se posent : ce fameux cabinet érotique attribué à l’impératrice a-t-il vraiment existé ? La réponse courte est que les preuves sont réelles, mais l’attribution à Catherine II est aujourd’hui sérieusement remise en cause par les historiens. Ce que l’on sait avec certitude, c’est que le mobilier impérial russe commandé par l’impératrice était d’une richesse exceptionnelle, et que la légende a largement éclipsé la réalité stylistique de son règne.

🏛️ L’essentiel à retenir

Cabinet érotique = mythe d’attribution, pas mythe d’existence
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Photos de 1941
Des clichés pris par des officiers allemands constituent la seule trace documentaire du mobilier supposé.

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Style Art Nouveau
Les historiens datent ce mobilier de la fin du XIXe siècle, soit plus d’un siècle après le règne de Catherine II.

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Vrai mobilier
Catherine II a commandé parmi les plus belles pièces néoclassiques d’Europe, visibles aujourd’hui à l’Ermitage.

L’impératrice a bien eu une vie amoureuse assumée, mais la campagne de dénigrement qui l’a entourée a fabriqué des légendes que l’histoire démêle encore aujourd’hui.

Comment Catherine II a fait du mobilier un instrument de pouvoir ?

Née Sophie d’Anhalt-Zerbst en 1729, Catherine II accède au trône de Russie en 1762 après avoir renversé son propre époux, Pierre III. Ce coup d’État ne lui donne pas seulement le pouvoir politique : il lui offre une scène sur laquelle chaque décision, y compris celle de meubler ses palais, envoie un message à toute l’Europe.

Pour une souveraine d’origine étrangère, qui doit sans cesse légitimer son règne, le mobilier impérial devient un outil de rayonnement. Elle passe commande aux meilleurs ébénistes de Paris, d’Allemagne et d’Italie, entretient une correspondance avec Voltaire et Diderot, et fonde le musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg. Chaque pièce commandée affirme que la Russie n’a rien à envier aux grandes cours européennes.

Les ateliers impériaux deviennent de véritables laboratoires artisanaux, capables de répondre aux commandes les plus exigeantes. Le mobilier du XVIIIe siècle russe produit sous son règne incarne cette ambition : élever la Russie au rang de phare culturel du continent.

Le cabinet érotique de Catherine II est-il vraiment authentique ?

C’est la question qui revient systématiquement dès qu’on s’intéresse aux meubles de Catherine la Grande. Un ensemble de pièces à décor explicitement érotique lui a été attribué, et cette attribution a traversé les décennies avec une persistance remarquable. Pour y répondre honnêtement, il faut remonter à l’origine des preuves disponibles.

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Ce que les photographies de 1941 révèlent

Palais de Tsarskoïe Selo aile Zoubov intérieur doré

Lors de l’opération Barbarossa, des officiers de la Wehrmacht investissent plusieurs palais impériaux russes. Dans l’aile Zoubov du palais de Tsarskoïe Selo, deux d’entre eux photographient un ensemble de meubles inhabituels : une chaise dont l’assise repose sur des figures humaines suggestives, un guéridon circulaire soutenu par quatre éléments phalliques, des commodes ornées de bas-reliefs érotiques, un fauteuil et un canapé au même registre.

Ces clichés, conservés aux archives, constituent avec un album d’inventaire daté de 1939 la seule trace documentaire connue de ce cabinet secret. Les originaux ont disparu. Selon l’historien Philippe Valode, ils auraient été détruits sur ordre de Staline. La légende a ensuite été relancée par deux publications : le livre de Bernard Gip paru sous le titre Les Passions de la Grande Catherine, puis le documentaire de Peter Woditsch, Le Secret perdu de Catherine la Grande.

Ce que les historiens opposent à cette attribution

L’argument le plus solide vient du spécialiste Emmanuel Ducamp, expert en architecture et arts décoratifs russes. Pour lui, le style de ces meubles correspond sans ambiguïté à de l’Art Nouveau de la fin du XIXe siècle, soit plus de cent ans après le règne de Catherine II. Les sculptures, les lignes des sièges, la facture générale : rien ne correspond aux productions russes de la période 1762-1796.

Plusieurs éléments renforcent ce constat :

  • La manufacture Henryot & Cie, dont le nom circule dans certaines sources, n’apparaît dans aucun registre de l’époque de Catherine. Elle est fondée à Paris à la fin du XIXe siècle.
  • Aucun inventaire officiel de la cour du XVIIIe siècle ne mentionne ce type de mobilier.
  • Les correspondances de Catherine avec Voltaire et Diderot, pourtant denses et détaillées, n’y font pas la moindre allusion.
  • L’Ermitage n’a jamais reconnu ni exposé ces pièces.

Un dernier argument, d’ordre moral, mérite attention : Nicolas Ier, petit-fils de Catherine II et connu pour sa rigueur morale inflexible, régnait au XIXe siècle. Que ce mobilier ait pu survivre à son règne est historiquement très peu vraisemblable.

À qui appartenait vraiment ce mobilier érotique

Emmanuel Ducamp avance une hypothèse cohérente avec les faits. Alexandre II occupait précisément l’aile Zoubov du palais de Tsarskoïe Selo, l’endroit même où les photos ont été prises. Or ce tsar entretenait une relation passionnée avec Katia Dolgorouky. Le style Art Nouveau correspond parfaitement à son époque et à celle de son successeur, Alexandre III, qui possédait une collection d’objets érotiques réputée dans sa résidence du palais de Gatchina, elle aussi occupée par les forces allemandes durant la guerre.

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L’attribution à Catherine II relève d’un glissement par association : une impératrice connue pour avoir eu de nombreux amants, et donc supposée capable d’une telle commande. Ce mécanisme est en réalité typique des campagnes de dénigrement menées contre les femmes au pouvoir au XVIIIe siècle. Louis XV, dont la vie amoureuse était pourtant comparable, n’a jamais subi le même type d’accusations. Paradoxalement, le peuple russe s’est réapproprié positivement cette légende : Philippe Valode rapporte cette formule entendue en Russie, « C’est sain que l’impératrice de toutes les Russies soit en bonne santé », ce qui dit beaucoup sur la façon dont la réputation de Catherine II a été réinterprétée au fil du temps.

À quoi ressemblait vraiment le mobilier de Catherine la Grande ?

Loin des fantasmes, le vrai mobilier de Catherine II témoigne d’un goût raffiné qui a évolué sur l’ensemble de son règne. On distingue deux grandes périodes stylistiques.

Les premières années sont marquées par le style rococo : courbes élaborées, motifs floraux exubérants, dorures généreuses, soieries et influences françaises et baroques héritées des règnes précédents. À partir des années 1770, Catherine opère un virage net vers le néoclassicisme : symétrie stricte, références à l’Antiquité grecque et romaine, colonnes cannelées, frises, cariatides et palmettes. Une esthétique plus austère en apparence, mais hautement symbolique.

Les matériaux utilisés reflètent cette ambition. On trouve notamment :

  • L’acajou de Cuba, l’ébène, le palissandre et le bois de rose pour les structures.
  • Le bouleau de Carélie, matière proprement russe au veinage caractéristique.
  • La malachite et le lapis-lazuli pour les incrustations.
  • Le bronze ciselé et doré, la laque de Chine et les plaques de porcelaine de Sèvres comme éléments ornementaux.

Parmi les pièces authentiques identifiées, le bureau signé David Roentgen conservé à l’Ermitage est l’une des plus remarquables. Les commodes à marqueterie florale avec plaques de Sèvres, ou encore les fauteuils dorés à soie brodée des salons de Tsarskoïe Selo, donnent une idée plus juste de ce que commandait réellement l’impératrice.

Combien d’amants Catherine II a-t-elle eus, et comment est-elle morte ?

Catherine II a eu environ 22 amants officiels recensés au cours de sa vie. Ce chiffre, réel, a fourni le terreau de nombreuses légendes. Sa liberté amoureuse était assumée et documentée, mais elle reste comparable à celle d’autres souverains masculins de l’époque qui, eux, n’ont jamais fait l’objet des mêmes accusations.

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La légende du cheval, qui circule encore aujourd’hui comme recherche associée fréquente, n’a aucun fondement historique. Elle appartient au même registre de désinformation que le cabinet érotique : une rumeur fabriquée pour salir une femme de pouvoir.

Quant à sa mort en 1796, elle est survenue des suites d’une apoplexie, c’est-à-dire d’un accident vasculaire cérébral. Rien de scandaleux dans les circonstances de son décès, contrairement aux récits populaires qui persistent depuis des siècles.

Où voir le mobilier impérial russe authentique aujourd’hui ?

Pour qui souhaite s’approcher au plus près du mobilier impérial russe de l’époque, plusieurs institutions conservent des pièces authentiques ou des ensembles restaurés.

Les collections en Russie

Les trois sites incontournables sont :

  • Le musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, qui abrite la plus importante collection de mobilier impérial, dont le bureau signé David Roentgen.
  • Le palais de Tsarskoïe Selo, à 25 kilomètres de Saint-Pétersbourg, dont les salles ont été minutieusement restaurées après les destructions de la Seconde Guerre mondiale.
  • Le palais de Peterhof, qui conserve notamment des tables de jeux et des secrétaires remarquables.

Les pièces accessibles en France

La présence de mobilier de l’époque Romanov en France s’explique par trois facteurs : Catherine II commandait elle-même du mobilier directement à Paris, les aristocrates russes ont emporté de nombreux objets lors de leur exil après 1917, et des ventes importantes ont eu lieu à Paris dans les années 1920 et 1930.

Les institutions françaises qui conservent des pièces de cette période comprennent :

  • Le musée des Arts décoratifs et le Louvre à Paris.
  • Le château de Versailles et le château de Compiègne.
  • Le musée Nissim-de-Camondo à Paris, pour les amateurs d’arts décoratifs du XVIIIe siècle.
  • Le musée Magnin à Dijon, moins connu mais qui recèle des pièces de grande qualité.

Pour les pièces sur le marché, une pièce d’époque authentique atteint régulièrement plusieurs dizaines de milliers d’euros chez Sotheby’s ou Christie’s. Les critères d’authentification reposent sur les poinçons d’atelier, la provenance documentée et la patine naturelle du bois, impossible à reproduire fidèlement.

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Cynthia Demarbre

Rien ne me prédestinait à devenir coach. J’ai longtemps accompagné sans le savoir, écouté avant de conseiller. Puis un déclic : comprendre que transformer les autres commence par se transformer soi-même. Aujourd’hui, je m’appelle Camille Martin et j’exerce à mon compte. J’aide à clarifier, à décider, à avancer. Le coaching n’est pas une méthode : c’est un chemin partagé, lucide et profondément humain.

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