En 1990, c’est Montesquieu (1689-1755), philosophe français des Lumières, qui ornait les billets de 200 francs. Ce billet, appelé « type 1981« , a été créé par la Banque de France le 20 août 1981 et mis en circulation le 7 juillet 1982. Il est resté le seul billet de 200 francs en circulation pendant toute cette période, jusqu’à sa démonétisation en 1998.
🏛️ L’essentiel à retenir
En circulation de 1982 à 1998
Plus de 3 milliards d’exemplaires imprimés au total.
Valeur collection aujourd’hui
Entre quelques euros et 81 $ selon l’état de conservation.
Remplacé par Gustave Eiffel
Le billet Eiffel a pris sa place à partir de 1995.
Qui était Montesquieu et pourquoi ce choix ?
Le choix de Montesquieu pour illustrer un billet ne doit rien au hasard. C’est l’une des figures les plus importantes de la pensée française, et la Banque de France avait une politique éditoriale très claire à l’époque pour ses coupures.
Un philosophe des Lumières au cœur du patrimoine français
Né en 1689 au château de La Brède, en Gironde, et mort à Paris en 1755, Charles-Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, est l’un des grands noms des Lumières françaises, aux côtés de Voltaire et Rousseau.
Son influence sur la pensée politique moderne est considérable. Trois de ses œuvres majeures sont directement représentées sur le billet :
- L’Esprit des lois (1748), son œuvre phare sur la séparation des pouvoirs, mentionnée sur un blason au recto
- Les Lettres persanes (1721), roman épistolaire dont le décor persan habille tout le verso
- Considérations sur les causes de la grandeur des Romains (1734), évoquée par la statue de Sylla au verso
Un billet conçu pour rendre hommage aux créateurs
Le billet 200 francs Montesquieu conclut une série de coupures que la Banque de France avait dédiées aux « créateurs et scientifiques célèbres » : Berlioz, Debussy, Quentin de La Tour, Delacroix, Pascal. Montesquieu marque le retour d’un homme de lettres dans cette galerie, après plusieurs billets consacrés à la musique et aux arts plastiques.
La dessinatrice Pierrette Lambert avait été sollicitée dès 1978 pour concevoir un billet de 1 000 francs à son effigie. C’est finalement l’Institut monétaire qui a décidé d’en faire une coupure de 200 francs. La gravure en taille-douce, technique traditionnelle de l’impression fiduciaire française, donne au billet son relief caractéristique.
Que représente le billet de 200 francs Montesquieu ?

Le billet se distingue par une composition très riche, construite autour des œuvres et du cadre de vie de Montesquieu. Les deux faces racontent chacune une facette différente du philosophe.
Le recto
Sur la face principale, on trouve un portrait en buste de Montesquieu, inspiré du marbre sculpté par Jean-Baptiste Lemoyne, conservé à la mairie de Bordeaux. À côté du portrait figurent les armoiries des Secondat de La Brède, la famille noble dont il était issu. À gauche, une figure allégorique tient un blason sur lequel est inscrit le titre L’Esprit des lois. Les couleurs dominantes sont le vert mâtiné de marron, avec le filigrane du portrait visible par transparence.
Le verso
Le revers du billet plonge dans l’univers littéraire de Montesquieu. Un décor de style persan occupe l’arrière-plan, référence directe aux Lettres persanes. Une statue en pied de Sylla rappelle les Considérations sur les Romains. En bas à droite, le château de La Brède est représenté tel qu’il existe encore aujourd’hui. Les tons de bistre chauds unifient l’ensemble. Le graveur Claude Durrens a travaillé ces éléments avec une précision qui fait du verso une véritable composition narrative.
Quel personnage a succédé à Montesquieu sur le billet de 200 francs ?
À partir de 1995, le billet Montesquieu est progressivement remplacé par le 200 francs Gustave Eiffel, qui restera en circulation jusqu’au passage à l’euro.
Les deux billets sont radicalement différents, et pas seulement par le personnage choisi. Le billet Eiffel est plus petit (80 × 143 mm contre 172 × 92 mm pour le Montesquieu) et sa conception repose sur le système Adagio, un procédé de création graphique assistée par ordinateur utilisé pour la première fois sur des billets français. Le résultat est un style résolument moderne, très éloigné de la gravure classique qui caractérisait les billets précédents.
Le billet Eiffel s’inscrit dans la dernière série des billets en francs, conçue avec une cohérence graphique d’ensemble voulue par la Banque de France. Cette série comprend également Saint-Exupéry (50 francs), Pierre et Marie Curie (500 francs) et Paul Cézanne (100 francs).
Combien vaut aujourd’hui un billet de 200 francs Montesquieu ?
Le billet n’a plus cours légal depuis le 1er avril 1998, et la Banque de France a définitivement fermé la période d’échange le 31 mars 2008. Il est donc impossible de le convertir en euros. Sa valeur est aujourd’hui uniquement numismatique, c’est-à-dire liée au marché de la collection.
Les spécialistes considèrent ce billet comme « étrangement délaissé par les amateurs », ce qui laisse penser que ses cotes ont encore de la marge pour progresser. Son indice de rareté sur Numista est de 13/100, ce qui le classe comme un billet plutôt courant. Ce sont avant tout l’état de conservation, les variantes d’alphabet et les petits numéros de série qui font varier les prix.
| État de conservation | Valeur estimée |
|---|---|
| TB / TTB (Très Beau / Très Très Beau) | 3,50 $ à 6,50 $ |
| SUP (Superbe) | 4,80 $ à 9,60 $ |
| SPL (Splendide) | 5,60 $ à 11 $ |
| NEUF | 7 $ à 81 $ (variante 1985 en parfait état) |
Deux curiosités intéressent particulièrement les collectionneurs : l’alphabet 126 n’a jamais été imprimé (la numérotation passe directement de 125 à 127), et le millésime 1993 est totalement absent des séries répertoriées. Ces anomalies de production font l’objet d’une attention particulière sur le marché. Pour les références catalogues, ce billet est répertorié sous la cote P# 155 dans le Standard Catalog of World Paper Money et Fay# 70 dans La Cote des Billets de la Banque de France.


