Au château de Versailles, le roi et les puissants se soulageaient sur une chaise percée, souvent installée dans une garde-robe. Les autres courtisans, bien trop nombreux pour les rares cabinets d’aisances, s’arrangeaient comme ils pouvaient : cheminées, escaliers, recoins. La légende a grossi le trait, et ce qu’on raconte sur les rideaux ou sur le bain unique de Louis XIV mérite d’être vérifié. Ce palais est pourtant né d’un simple pavillon de chasse de Louis XIII, agrandi par son fils jusqu’à devenir la plus vaste demeure royale du pays.
L'essentiel à retenir
Roi = chaise d'affaires, courtisans = recoins du château
01
Un siège pour les puissants
Louis XIV possédait 274 chaises d'affaires, souvent richement décorées.
02
Trop peu de cabinets
Jusqu'à 5 000 personnes se partageaient quelques lieux d'aisances.
03
Hygiène par le linge
On changeait de chemise et on se parfumait, sans passer par le bain.
| Qui | Solution habituelle |
|---|---|
| Le roi | Chaise d’affaires dans sa garde-robe |
| Grands seigneurs et grandes dames | Chaise percée ou pot de chambre dans leur logement |
| Autres courtisans et serviteurs | Cheminées, escaliers, recoins et jardins |
Y avait-il assez de lieux d’aisances pour les 5 000 habitants du château ?
Non. Le château comptait quelques garde-robes et cabinets d’aisances, mais leur nombre restait très inférieur aux besoins. Nobles, domestiques, gardes et officiers y vivaient ou y travaillaient par milliers. Aucun W.-C. au sens moderne n’existait : ni chasse d’eau, ni évacuation par canalisations.
Chacun devait donc compter sur son propre matériel ou sur son ingéniosité. Un logement de courtisan, parfois réduit à une seule pièce, ne laissait guère de place à l’intimité. Le prestige d’un séjour à la cour compensait ces désagréments : mieux valait dormir dans un recoin du palais que vivre loin du roi.
Comment le roi et les courtisans se soulageaient-ils vraiment ?
La réponse change selon le rang. Deux situations se dégagent, l’une encadrée par le cérémonial, l’autre livrée à l’improvisation.
La chaise percée : le privilège du roi et des puissants

La chaise percée, aussi nommée chaise de nécessité ou chaise d’affaires, cache sous un couvercle un trou et un récipient amovible. Elle servait à un seul usager et se parait de velours, de bois doré ou de passementerie. Louis XIV en possédait 274. Selon les mémorialistes, il lui arrivait de s’y installer en recevant, faveur ou épreuve selon l’invité, car le moindre geste du roi relevait du cérémonial.
Cheminées, escaliers et recoins : la réalité pour les autres
Le cliché des rideaux contient une part de vérité, mais la pratique allait plus loin : on urinait dans les cheminées, dans l’angle des appartements, dans les escaliers et jusque dans les jardins. La Princesse Palatine, belle-sœur de Louis XIV, s’en indignait à propos de Fontainebleau : « Tout l’univers est rempli de chieurs et les rues de Fontainebleau de merde. » Hors de la cour, la rue servait de latrines au peuple, et Henri IV lui-même ne s’en privait pas. Versailles ne faisait donc pas exception, faute d’infrastructures suffisantes.
Comment appelait-on les toilettes autrefois ?
Le vocabulaire variait selon l’objet et le lieu. Voici les termes d’époque à connaître, utiles pour un exposé :
- Chaise percée, chaise de nécessité ou chaise d’affaires : le siège équipé d’un récipient.
- Pot de chambre, aussi appelé bourdaloue ou thomas : le récipient portatif en faïence, répandu dès le XVIe siècle.
- Garde-robe, cabinet d’aisances ou lieux d’aisances : la pièce ou le coin réservé à cet usage.
Les premiers water-closets arrivent d’Angleterre à la fin du XVIIIe siècle, importés par des architectes français. Ils se diffusent très lentement : la chaise percée et le pot de chambre dominent encore le siècle suivant.

Louis XIV se lavait-il vraiment si peu ?
Le mythe du bain unique mérite d’être corrigé. Louis XIV ne méprisait pas la propreté, il la concevait autrement : une toilette sèche, faite de changements de chemise, de frictions et d’eaux parfumées. Au petit lever puis au grand lever, valets et officiers suivaient un rituel codifié où l’eau intervenait peu, surtout pour le visage et les mains.
Au siècle suivant, l’hygiène intime reposait sur le linge blanc, censé absorber la saleté, plus que sur le lavage. Poudres et parfums couvraient l’odeur des salles bondées, et chaque rang social avait ses habitudes. Les bains existaient, mais comme soin thérapeutique plus que comme geste quotidien. Lors d’une visite du château, cherchez dans les appartements du roi les chaises d’affaires : elles rappellent que même un souverain avait des besoins très terre à terre.
Visite guidée des petits détails du château
Vidéo : L’Odeur Insupportable de Versailles — Ce Que Sentait Vraiment Le Château Sous Louis XIV (Histoires De La Nation)


